Jacoba IGNACIO (tous droits réservés)
C’est quoi toi ? Qui est toi ? Pourquoi t'es là ? Même. Même. Même. Toujours le même. Comme tous les autres. Les mêmes. Les mêmes. Les mêmes. Et tes faux air. Et tes papiers. Faussaire.
Entité d'idée. Idée d'entité. Antique idée. Identiqueté. Identiquétiqueté. Identintimité.
Frontières des signes distinctifs. Frontière des peaux. Frontières des cheveux. Frontières des regards. Frontières des prières. Et des absences de prières. Frontières de sexes.
Douanes indignes.
Toi ta ton tes. Soi sa son ses. Moi ma mon mes. Vous votre votre vos. Nous notre notre nos.
Et eux : leurres ?
Pourtant ta tête même avec ça qui n'est plus ni moi, ni lui, ou encore un autre, d'autres. Ou eux. Et tiens le thé sucré servi dans de petits abreuvoirs transparents au col doré.
Et dis-moi ma peau. Oui sur mes papiers aussi. Oui différente. Mais je transpire. Je sens. Tu peux me sentir. Pas sur la photo. Non. Mais là. Si tu veux. Ça sent encore le sable, peut-être, et j'habite à une demi heure de vol de moineau d’ici, le sable dont je suis né il y a, comme toi, des vertiges et des vertiges d'années. Toi terre alors. Ou rougeur attrapée dans le froid des mers grises où l'argent fait danser les mouettes.
Géographie comptable.
Est-ce que je ne suis que mon pays ? Est-ce que je ne serais que ma foi ? Est-ce que je ne suis que ma couleur ? Ou ma langue ? Est-ce que je ne suis que mon sexe ? Et qui j’aime ?
Catalogue méfiant.
(Thierry Wanègue)
Hervé SALVY (tous droits réservés)
Tu ne reconnais pas la couleur. Comment le pourrais-tu ? Tu y étais oui, sans doute. Mais c'était il y a si longtemps. Bien avant qu'on ne sache quoique ce soit de toi. Quelle mémoire en as-tu ? Peut-être sur ton oreiller d'enfance le son insolite et solitaire de ce battement qui semblait sortir des plumes et qui t'intriguait. Battement sourd, lointain et qui semblait régulier.
Il faisait de cette nuit souvent habitée de menaces merveilleuses. Hantée de terreurs à vaincre.
Il te fallait inventer un monde de toi, de l'en dedans de toi. Tu devinais déjà tout ces reflets invisibles de l'existence des jours. Concentré sur ta peur, comme dans tes mains il t'était arrivé de tenir un cailloux, fermement, pour qu'il soit bien cailloux, là dans entre tes paumes pressées l'une contre l'autre, cailloux et tes mains, bien tes mains, et ta force, bien ta force, les arbres, arbres, les murs de chez toi, bien les murs de chez toi, et toi, bel et bien toi, concentré sur ta peur, tu laissais une mince intuition filtrer ton corps incontestable dans ton esprit d'aube du temps.
Devenais-tu ? Toi ?
As-tu été à craindre?
Descendais-tu de la sorte, dans tes profondeurs élevées ?
Armé de ta robe retournée comme une clarté de chambre photographique ?
Souviens-toi de toi. Vois-toi revenir.
Tes paupières descendues, horizontales aux couleurs de ces rideaux sur ta scène intime, dans la clarté de ton propre objectif sans plus besoin de réalité.
Une ronde. Une danse lente dans ton en-toi dense.
Tes mains de l’autre côté de tes empreintes. Tes traits du verso de la feuille. Tes yeux au dessus de ton puits incandescent. Ton puits d’organes et de voiles. Ton puits de vents émotionnels. Ton centre de gravité. Ton unique inconnaissable. Ton seul incodifiable. Ton toi qui s’altère. Ton alter sous ton toi.
Et quel amour de toi ? Tes vastes mouvements dans ta peau messagère. Un sens de toi trouvé dans un toi différent. Un différent réglé par un toi étranger. Tu ne seras jamais tranquille même calme, même indifférent. Ou veuille-le et trompe-toi.
Tu n’es qu’un. Un, à jamais venu. Un, à jamais, qui repartira.
Quel conte t’es-tu fait de toi ? Qu’as-tu ajouté, ôté, retenu ? Laissé tomber dans ton abysse la plus intime ? Pendant que tu te gestes pour te présenter. Pendant que tu flottes en surface. Pendant que tu grandissais aussi, élevé au gré de ta mémoire. Pendant que tu te consumais, déjà, en l’accumulant. (Thierry Wanègue)